Le confinement… ou être attentive aux frôlements de la vie 

Comme beaucoup d’entre nous, c’était abruptement et sans préparation que j’entrai dans ce premier confinement en mars 2020. Je mettais donc un pied dans le confinement avec un mélange de surprise, d’appréhension, d’excitation et de soulagement. 

Surprise, car même si cela faisait des semaines que les rumeurs couraient allègrement – certains de nos voisins le vivaient déjà – le confinement total de notre pays semblait encore être du domaine de la science-fiction, ou d’une certaine dystopie. Un récit, nous dépeignant une société imaginaire, où les personnes étaient confinées chez elles, avec le seul besoin de subsistance plus un peu d’exercice physique pour le droit ultime à la sortie.

Une certaine appréhension, car nous entrions dans ce confinement surréaliste sans en connaître la longueur et sans y être préparés. La décision ayant été prise à une rapidité assez surprenante pour une nation que je trouve d’habitude assez lente, telle un dinosaure ayant des difficultés à se mouvoir. Appréhension liée aussi à la peur du virus et à ce que cela allait faire à notre monde.  

Une certaine excitation, je dois l’avouer. J’étais en effet excitée, voire tellement heureuse car j’allais enfin passer du temps à la maison, avec ma famille. 

D’abord, je n’avais plus le choix, c’était le gouvernement qui me l’ordonnait. Plus de pression sociale avec mes collègues, plus de “en télétravail encore?”, une remarque souvent sans mauvaises intentions, mais la plupart du temps heurtant, car c’est frustrant et fatiguant, de devoir sans cesse se justifier. 

Ensuite, après plusieurs années passées avec des déplacements constants, me laissant peu de temps à la maison finalement, cela arrivait à “point nommé”. 

Je me disais donc que ce confinement m’offrait une pause bien méritée que j’allais apprécier. J’avais changé de job quelques mois auparavant, me permettant de réduire voire supprimer les déplacements professionnels successifs et constants ; cependant, je n’avais pas eu le loisir de prendre une pause. J’étais repartie à bâtons rompus dans mon nouveau rôle, avec mes nouveaux collègues et mes nouvelles responsabilités. Le confinement m’offrait donc un voyage familial légal et obligatoire.  

Et enfin, ce fut pour moi, étrangement, un énorme soulagement. Un énorme soulagement de ne pas avoir à me coller à des dizaines d’autres personnes dans les transports en commun, de ne pas avoir à me justifier devant les collègues de ne pas leur faire la bise ni même de leur serrer  la main. 

Ah cette pression sociale française du “bisou” matinal. Ce n’est qu’une fois rentrée en France que je me suis rendue compte que l’un des aspects que j’adorais en Angleterre était justement cela : le bisou matinal n’existe pas là-bas ! Enfin, je pouvais sauvegarder mon espace personnel intime. 

Ce confinement m’apportait donc énormément et c’est avec joie et légèreté que j’y entrais. 

Si ce n’est que…

Mon bonheur personnel, je ne pouvais l’afficher. Je le vivais seule, avec ma famille et mes amis très proches. Pourquoi me demanderez-vous ? 

Car autour de moi je voyais bien que tout le monde ne le vivait pas de la même façon, que pour certains ce confinement était un cauchemar. Alors, par respect, je n’osais pas “célébrer” ma joie d’être en confinement. 

Je m’étais aussi dit que j’allais profiter de tout ce temps pour écrire des articles, poser des réflexions qui me trottaient dans l’esprit depuis un moment. 

Malheureusement, je n’ai pas rédigé une seule ligne pendant ce premier confinement. En fait, je ne pouvais même pas lire un seul post sur LinkedIn ni lire un article sur le coaching, l’agilité, le leadership, … 

Des sujets de lecture, qui d’ordinaire me passionnaient, me laissaient de marbre pendant plusieurs semaines.  

Je continuais à lire, mais seulement des romans, des thrillers, des fictions qui me permettaient de m’évader. 

Il faut dire qu’entre le télétravail, les cours de 3ième et de CM1, la cuisine (même si elle était partagée avec mon mari) pour tout ce petit monde, le pain fait maison, il ne me restait que très peu d’énergie pour autre chose.  

Après quelques jours de ce rythme infernal, mon fils de 14 ans est tombé malade. J’ai alors vécu les pires 10 jours de ma vie. Mais j’ai continué à travailler la journée et à être professeur, sauf qu’en plus j’étais devenue médecin et infirmière. 

Le jour où mon fils a été “officiellement sorti d’affaires”, mon corps a dit STOP : je me suis couchée un vendredi soir pour me réveiller 12h plus tard le samedi, et rebelote le samedi et dimanche soir. 40h de sommeil en 1 seul week-end!!! 

Le lundi matin, je me suis réveillée avec une image tellement claire : mon cerveau était passé de “rond-point de l’Arc de Triomphe en pleine heure de pointe” à “prairie ensoleillée calme et sereine”. 

J’avais enfin pris soin de moi. Je m’étais arrêtée, j’avais fait une pause. 

Je réalisais donc que j’avais fait l’erreur classique du métier de coach : ne pas prendre soin de soi-même, de sa propre écologie. 

En effet, comment être disponible pour les autres sur le long terme, si le coach ne se permet pas des pauses pour prendre soin de soi ? Alors bien sûr, j’ai tout de même bien fait mon job, je suis restée professionnelle et mes enfants ont été nourris, soignés, éduqués. Mais à quel prix ? pour combien de temps encore allais-je pouvoir continuer ? 

J’avais laissé “la sauveuse” reprendre du terrain sur “Vanessa”. Car avec le confinement et cette peur du virus, “La sauveuse” s’était réveillée et s’était lancée dans ce qu’elle savait le mieux faire : sauver tout le monde, tourbillonnant et étant partout en même temps, afin que TOUT se passe bien pour tous avec un impact minimum. 

“La sauveuse” adore quand “Vanessa” est un peu en panique, ou quand le monde autour d’elle est stressé, car elle sait qu’elle va pouvoir faire la fête et aller toucher plein de vies. Sauf que “la sauveuse”, est en général rapidement accompagnée, elle appelle ses copines “impatience” et “irascibilité” qui s’attaquent toujours aux mêmes personnes : mari et enfants. Ce qui réveille “culpabilité” et qui laisse alors une belle place à “burn out”.

Heureusement, cette fois encore, “burn out” n’est pas rentré chez moi, car mon corps “garde du corps” l’a repoussé, lui demandant de partir visiter quelqu’un d’autre, et surtout d’emmener ses copines “impatience” et “irascibilité” avec lui. 

Cela a permis à “Faire grandir les autres” de reprendre sa place, en : 

→ Laissant les équipes se débrouiller seules, leur fournissant un espace et un environnement sécurisé pour qu’elles le fassent avec sérénité 

→ Déléguant des préparations de repas à mes enfants, en leur apprenant à cuisiner et à les guider pas à pas dans leurs gestes (ce qui a résulté entre autres en une superbe quiche lorraine, une pizza délicieuse, des pâtes qui tombaient à pic, …)

→ Discutant ouvertement avec tous du fait que ne pas répondre oui à toutes les réunions ou ne pas répondre de suite aux messages instantanés ne voulaient pas dire “ne pas travailler” pour autant

Et surtout, d’accepter de ralentir, pour tenir la distance. Je n’exclus pas des petites poussées de vitesse comme au volant d’une formule 1, mais même les champions de Formule 1 prennent des pauses afin de repartir de plus belle. 

Accepter de ralentir… alors concrètement c’est quoi? 

Je vous livre ici ma définition complète — longue vous m’en excuserez — de Ralentir. 

  • Ralentir, c’est amener ma fille à l’école régulièrement le matin, à pied, à travers le parc et les bois, en promenant les chiens. Cela me permet d’être devant mon ordinateur à 9h, complètement réveillée et déjà remplie de bonne énergie, revigorée par ma balade matinale. 
  • Ralentir, c’est me permettre de refuser des réunions par Zoom, celles pour lesquelles je ne suis pas utile, ou auxquelles on m’a invitée car je faisais partie de la liste, ou celles auxquelles je suis invitée, par habitude…. 
  • Ralentir, c’est réserver des plages horaires entières dans mon agenda afin que personne ne me planifie de réunion pendant un moment. Pour que je puisse me concentrer sur une tâche et la terminer. 
  • Ralentir, c’est m’autoriser à éteindre ma caméra pendant des réunions Zoom, pour prendre une pause sans devoir me regarder sans cesse dans le “miroir”, pour me relaxer un peu sans avoir l’impression d’être épiée sans arrêt, afin de mettre en pause cette intrusion dans mon espace personnel.  
  • Ralentir, c’est laisser “sentiment de culpabilité” au placard quand je ne donne pas les réponses aux questions, pour que les équipes y répondent par eux-mêmes. 
  • Ralentir, c’est laisser l’équipe tranquille pendant une itération, car tout le monde est fatigué, sur les nerfs, ou qu’une nouvelle réorganisation a encore été annoncée. 
  • Ralentir, c’est préparer le devoir de maths avec mon fils, et celui de français aussi par la même occasion, c’est avoir de longues conversations existentielles avec lui, sur l’avenir du monde, sur le sien. 
  • Ralentir, c’est m’autoriser à fermer mon ordi à 17h certains soirs pour passer du temps avec mon mari, discuter, préparer à manger ensemble, manger tôt et jouer à un jeu en famille. 
  • Ralentir, c’est annoncer “chacun se prépare à manger à midi” et surtout, c’est de ne pas inviter “sentiment de culpabilité” quand ma fille se prépare un sandwich au ketchup… et mon fils se prépare un tacos français avec nuggets et cordon bleu… 
  • Ralentir c’est vendre sa deuxième voiture car on peut vraiment se débrouiller sans finalement, en faisant un peu plus attention à nous tous et en prenant les transports en commun. 
  • Ralentir, c’est aller chez le boucher de la place, même si c’est un peu plus cher, on en mange moins souvent, on ralentit notre consommation. 
  • Ralentir, c’est se faire livrer des fruits et légumes directement des producteurs. De plus, on fait de belles découvertes car ralentir, c’est aussi se permettre d’être surpris, en ne sachant pas ce qu’on va recevoir et en essayant de nouvelles saveurs. 
  • Ralentir, c’est oser dire que je ne suis pas disponible, physiquement ou écologiquement. Car si moi-même je ne suis pas bien, je ne vais pas pouvoir aider grand monde…  
  • Ralentir, ça veut aussi dire retrouver mon espace imaginaire d’enfance, en “prétendant” sortir de la maison pour remplacer la coupure Bureau / Maison d’avant. Pour ça, je me suis même retrouvée à véritablement sortir de la maison par la double porte vitrée pour “rentrer” à la maison par la porte d’entrée en jetant un joyeux ” Bonjour tout le monde, je suis rentrée” à mes enfants médusés devant moi, se demandant si maman n’avait pas succombé à “la maladie du confinement”…. 
  • Ralentir, c’est garder une routine en me levant, me douchant et m’habillant tous les matins, mais sans me maquiller… ma peau m’en remercie tous les jours. 
  • Ralentir c’est mettre mes airpods et aller marcher tout en participant à une réunion via Zoom ou Slack.
  • Ralentir, c’est mettre les notifications en sourdine afin de réduire mon stress technologique… 

Ralentir c’est …..Finalement, ralentir, ça ne serait pas tout simplement de prendre le temps de vivre? 

Et voici ce que je choisis de garder de ce confinement, ma rétro bien à moi, c’est que je décide de prendre le temps, prendre le temps de vivre, de vivre pleinement, émotionnellement, en enlevant le superflus et les contraintes que bien souvent je me mettais à moi-même. Enfin me libérer de mes chaînes dont la clé était enfouie bien bien profondément. 

Ressentir chaque petit frôlement de la vie. 

Et pour vous, c’est quoi ralentir?  

Quel sera votre prochain frôlement de vie? 

Ce sera peut-être de prendre le temps d’aller danser une valse avec Rachel qui m’a appris que flâner est une activité sérieuse : Contretemps – Rachel Jolin Dubois. Ou une belle promenade narrative de 6 000 pas en ping pong avec Laurent et Jean-Louis : Je ne connais même pas ton odeur – Jean-Louis Crabos et Laurent Sarrazin. Ou bien découvrir que “pardonner” c’est rendre à l’autre ses responsabilités et couper les liens qui nous font souffrir grâce à Anne-Cécile :    L’agilité du corps – Anne-Cécile Callejon

Pour cela, procurez-vous le livre Rupture Douce 007 vous y verrez aussi les magnifiques illustrations d’Aurélien Morvant

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